Arrivée avant le festival Gnawa

66820003.jpg Mes amis du début de mes périples au Maroc dont le premier fut Marrakech – classique -, m'avaient donné rendez-vous en Juin et je leur avais dis que je ferais mon possible pour y être. Rester en relation est difficile, mais il faut. J'avais rencontré une femme à Marrakech que je vais revoir en Région Parisienne : Jamila et avec qui je communiquerai presque chaque jour et Mourad et sa famille (ouarzazate) au téléphone de temps en temps.

Le Festival Gnawa, varié maintenant, avec différent type de musique comporte de nombreux groupes habillés de magnifiques costumes que je n'avais vus jusqu'à présent qu'en photos. Les Gnawas sont à priori les descendants des esclaves restés au Maroc. Une ethnie, parmi toutes celles que j'ai identifiées en étudiant le Maroc. Le mot « ethnie » d'ailleurs est mal approprié, peu aimé et pour cause : un racisme existe au sein même du pays : Rifains, Chleus, Berbères des montagnes ou Berbères du désert (touareg ou Sahraouis), Arabes, métis (qu'on ne distingue plus). Bref à Essaouira, le mélange est là, dans la présence de marocains de toutes régions, de vacanciers, de touristes, d'amateurs de musique, et les habitués des festivals.

Je resterai trois semaines. Arrivée bien plus tôt car le prix des billets d'avion est en fonction des évènements et je veux profiter totalement de cette ville si typique. La première semaine, je la passerai avec Jamila et son fils de treize ans, Mehdi, à faire d'autres rencontres, formidables pour ce qui est des miennes et à photographier la ville au calme. Nous serons dans un hôtel près des portes de la ville et de la plage. La deuxième semaine, je dormirai dans une maison d'hôtes dans la campagne et la troisième sur la petite place principale, jolie et animée où se trouvera une partie des festivités.

Première semaine : belles rencontres, chevauchée dans le vent

Dans l'avion, mon voisin, un homme sympathique et à la conversation passionnante s'avère être d'une très grande famille marocaine. Et, par chance, il va loger dans le même hôtel car il vient une semaine pour affaire. Nous allons nous revoir, participer un peu à ces activités. C'était improbable, mais si intéressant !

Dans cet hôtel simple avec bungalow et piscine, je me sens bien. Il fait beau et les trois mois d'été sont moins venteux que les autres. Essaouira, la belle, est aussi la ville de la planche à voile.

Sur cette immense plage, je vais galoper à cheval, - une des sensation la plus forte au monde, je crois-, ainsi que la plongée sous-marine et les volcans. La puissance de l'animal est telle qu'on ne peut l'imaginer, lorsque l'on a toujours avancé au pas sur tous les grands animaux. Initier Jamila au dromadaire et entendre ses hurlements au levé de l'animal. Bonheur inouï de vacances animées. Nous étions parties sur la plage avec un groupe d'animaux chevaux et dromadaires et les propriétaires bien-sûr.

Jamila, française d'origine marocaine drague comme à Marrakech. Je dois, sans prétention et comme à Agadir où nous passerons deux jours, lui servir de garde du corps – car elle donne son numéro de téléphone à tous les beaux garçons qui passent. Alors je filtre... Je suis lassée et le soir, je vais préférer très vite jouer aux cartes avec son fils Mehdi. J'apprendrai de nouveaux jeux avec ces cartes aux figures (objets) suivantes : bâton, épée, argent, trône. Je me régale et de retour en France, je vais initier mes proches.... De longues discussion avec mon ami, homme d'affaire sur la vie au Maroc, le travail, la culture agrémenteront mes soirées également. Il me dit que nous resteront en relation de retour à paris; Quelle gentillesse.

Les rencontres se succèdent : quelques comédiens de passage ici. De bons repas de poissons. De magnifiques photos....portes bleues ou ocres, oiseaux si nombreux (mouettes et goélands), le port avec son animation magique du matin, la Scala, (Fort), les ruelles, les échoppes, les chats gavés de poissons.... 66820001.jpg

Ce dernier matin de cette première semaine avec Jamila, je me « sauve » dans le chant du muezzin, une prière dans la tête, la beauté de cet appel d'une grande poésie, d'une grande douceur, ici, bien loin de tout ce que l'on peut penser avec préjugés. Ce chant m'apaise. Je vais seule profiter de la ville dont j'avais tant rêvé. La mélopée s'arrête, alors je vais vaquer à mes occupations du moments : quelques achats... être « débarrassée », car ce n'est pas ma tasse de thé tous les jours, les achats... ce sera, une statue en ébène, une petite boite marquetée et verrais à la fin du séjour pour le reste. Je retrouve Jamila furieuse, et nous marchons un peu jusqu'à une maison où par hasard un mariage avait eu lieu la veille. On nous offre le thé, des gâteaux et bien d'autres choses dès le matin et je vais, moi seule, faire décorer pour quelque monnaie mes mains par une vraie professionnelle (on les trouve que pour les mariages et festivités). Ce sera splendide....

la première semaine a passé si vite et la deuxième.... un peu moins cool !

Deuxième semaine : repos, la région et les quartiers populaires

Jamila est partie, car son fils devait rentrer. Le gardien de la maison d'hôte vient me chercher devant l'hôtel et je pars pour la campagne d'Essaouira. Pas terrible ! Et oui, des papiers et détritus ont volé et se sont pris dans les buissons. C'est laid, triste. Que faire ? Lorsque j'étais allée en 2004 dans le Sahara tunisien pour le jour de l'an, j'avais ramassé dans le désert souillé par des touristes probablement, des dizaines de verres en plastique et autres déchets et les avais reportés en ville pour les mettre à la poubelle (Tozeur). Là, je me sens dans l'impuissance et pendant une semaine sur mon trajet de cette campagne d'Essaouira - vingt minutes de voiture -, je verrais ce triste paysage. Arrivée à la maison d'hôtes, le propriétaire m'apprend qu'il est d'une ville proche de la celle où je vis en Région parisienne. Nous aurons, le soir, de bien agréables et instructives conversations car les projets avancent dans ma tête : il faudra que j'aille plus au sud, étudier les possibilités.

66820035.jpg Je vais apprendre que la région est bien humide, que l'hiver, il y a des inondations : le propriétaire a dû refaire une partie de la maison endommagée et je souffre de l'humidité encore maintenant. Mauvais sommeil et réveil avec courbatures, malgré la beauté du lieu, salle de bain en tadlakt, patio etc... En tout cas, je vais visiter des appartements, juste pour voir, mais ce n'est pas ici que je m'installerais, malgré la grande beauté de la ville et son aspect culturel qui me permettrait d'y trouver du travail.

Les quartiers populaires sont différents et le soir lorsque je dois me rendre à la gare routière pour prendre mon taxi, je vois des lieux plus authentiques, mais plus pauvres et les taxis me font attendre beaucoup car je suis seule. Un jeune homme maigre me court après, il a faim, je lui donne le casse-croûte que j'avais commencé à grignoter. Mourad loge par ici et travaille dans une boutique. Il est lointain. Heureusement, des travailleurs marocains vraiment sympathiques me donnent rendez-vous à 18h, pour que l'on prennent ensemble le taxi; Les marocains sont toujours prêts à vous aider. Quel plaisir!

En attendant, le Festival, la semaine prochaine, je vais rencontrer et c'est très bien ainsi, les gens de Ouarzazate, de Zagora et bavarder un peu. Pas trop. Il ne faut jamais abattre ses cartes tout de suite. Je propose de me rendre dans le sud à l'automne 2007 et au printemps 2008. Le sud, plus loin que les villes connues, les deux vallées, et au-delà de tout circuit touristique : Foum Zguid...

Je bronze sur la plage, après les chevauchées de la semaine passée. Une jeune fille m'invite à manger le couscous chez elle en famille, alors que nous n'avions échangés que quelques mots... oui, je parle l'arabe de base (la politesse) et connais des centaines de mots appris pendant quelques années et qui me permettent de comprendre un peu les conversations. Malheureusement, je ne parle pas avec des phrases complètes et correctes.

Des garçons me draguent, puisque je n'ai plus Jamila pour les attirer. Mais mon âge me donne de l'assurance, même si eux s'en moque, et ne le crois pas, cet âge que je prétend avoir. Cela est tout de même fatigant et la semaine prochaine, ce sera le fiasco. Semaine farniente. Cela fait du bien après une semaine sportive !

Troisième semaine : le festival, spiritualité, nouvelles rencontres

De nouveau je quitte la maison d'hôtes pour une chambre qui se trouve sur celle que j'appelle la « Place bleue ». La chambre est tout en haut et près du minaret; Carrément à quelques mètres. Je dormirai donc avec des bouchons d'oreilles car je ne me suis pas encore convertie à l'Islam : le muezzin, la nuit. Bref, j'en suis désolée mais je ne suis pas habituée. Cela viendrais, je l'ai décris plus haut. Ma pensée est spirituelle dans un syncrétisme d'ouverture. Mon esprit est celui d'une voyageuse, ma formation en civilisations et mes rêves d'ethnologue font que j'ai un grand respect de toutes les cultures, doublé d'une insatiable curiosité.

Ce chant du muezzin, je l'entendrai la nuit malgré tout et il me bercera en douceur. Je trouve qu'à Essaouira, il est doux, bien plus qu'ailleurs au Maroc.

J'ai donc revu les personnes de la semaine passée, vivant à Ouarzazate (Mourad) ou Zagora et je constate que l'insistance, bien qu'atténuée, est là. Bien présente ! Lourde même. La poule aux œufs d'or a peut-être été trouvée..... « lourde » n'est qu'un euphémisme....Je vais prendre mes distances.

Sur la plage où maintenant je vais moins - trop de soleil pour ma peau après deux semaines -, je rencontre un groupe de jeunes de Casablanca, au style Rasta, couleurs, allure, dread locks (nattes)... Ils ont une petite chienne et me demande de lui trouver un nom. Nous conversons en anglais, c'est la première fois que je rencontre des marocains ne parlant pas le français. Le prénom de la petite chienne sera Leïla ou nuit étoilée... ils aiment... nous rions bien. D'autres jeunes, des sportifs veulent m'apprendre l'arabe.. rires...car je me rends compte qu'après m'avoir fait répété des mots, il veulent me faire dire sans m'en informer, la profession de foi.... alors je leur explique : « si je dis cela », je ne peux plus rester en maillot de bain sur la plage. Que choisissez-vous »? ils ont compris que je n'étais pas dupe.

Bref, les journées sont bien remplies. Nous avons déjeuné de poisson frais acheté sur le port et grillé dans la rue puis consommé dans une très jolie petite cour arborée, et le tout accompagné d'une salade et de thé à la menthe.

De formidables moments.

Le soir, je sors très peu et malheureusement, les deux sorties que je vais tenter, se solderont par mon départ prématuré, car les invitations sont très « intéressées... sans détails inconvenants dans le texte, je préfère.

66820032.jpg En toute liberté, je peux enfin finir mes achats, aidée, pour la musique par mes amis du moments. Maintenant, je connais bien les marchands de la rue principale, où l'on passe sous les portes anciennes si typiques de la ville. Alors, je m'offre une gandoura, et des bijoux. J'apprends que les perles de céramique colorée, si chères, servaient dans les temps passés à acheter des esclaves. Quelle tristesse ! Je pense que l'on doit savoir ce que l'on porte. C'est ce que je retiens.

Arrive le Festival. Trois jours de folie. Je prends des photos de l'ouverture.. la Délégation Culturelle passe. Et les groupes commence à jouer de la musique. Pour moi, c'est la musique gnawa qui restera la reine de la fête. Des groupes éparpillés dans la ville, sur la plage. Dès six heures de la fin d'après-midi, le premier jour, les plus hardis commence à danser. J'en fais partie. Toute la nuit sur la plage et ailleurs la fête continuera. Il fait frais. Dans la nuit, une femme française en vacances ici, propose que nous allions tous – un petit groupe qui s'est formé naturellement – nous restaurer et dormir chez elle, tout près.

Quelle aubaine !

Le tagine est préparé. Il sera excellent. La soirée reprend pour les garçons qui veulent ressortir dans la fête. A la maison, j'entendrais avant de me coucher les confidences de notre hôtesse.

Elle a un projet dans le grand sud. Nous nous reverrons sans doute.

La fête est terminée. Retour avec des magnifiques images d'élégants musiciens à la coiffe ornée de coquillages qui portent bonheur et aux vêtements multicolores et brodés.