Il est 23H39, le muezzin appelle à la prière. Je suis dans ce petit hôtel près de la Place Jemaa el Fna, l’hôtel Tazi. Il est simple et pas cher. J’ai fini le tri de mes bagages. Je vais retourner à Ouarzazate.
L’agitation de Marrakech m’oppresse
et mes amis là-bas, m’attendent. Je me suis rendu compte que plus de la moitié de mes bagages étaient inutiles et donc après avoir fait l’inventaire de tout ça, j’ai décidé que demain, je laisserai la valise à la consigne de la gare routière (j’espère qu’il y en a une). Le « surplus de tout ce fatras que l’on transporte toujours de peur de manquer d’un vêtement qui subitement deviendrait nécessaire sera relégué le temps de ce périple. Je ne prendrai donc, qu’un petit sac à dos.
Il faut que je dorme bien, avant de faire encore ces kilomètres qui traversent la campagne au sud de Marrakech, l’Atlas, le Tizin Tichka. J’ai déjà fait presque 2000 km depuis plus de 10 jours que je circule au Maroc.
Jeudi : un voyage périlleux
Je vais partir. Je récupère mes photos sur la place Jemaa el Fna, je fais réparer mes chaussures en me relaxant assise près du cordonnier, d’où j’observe déjà dès le matin, les touristes en balade qui me regardent étrangement. Puis je prends des espèces et, après m’être fait avalé ma CB, je vais m’acheter quelques victuailles simples, deux bananes et deux paquets de gâteaux secs pour la route. 300 et quelques kilomètres à parcourir de nouveau. Ce trajet dure plus de 5 heures. Je règle ma note d’hôtel (une nuit)… et oui, je ne serais pas restée longtemps cette fois, mais en début de séjour, j’avais déjà passé quatre jours très agréables dans cette ville.. Marrakech, le retour toujours ici et cette ambiance dans laquelle j’aime me replonger. Mais y rester : non. Direction la gare routière. Avant même d’avoir eu le temps de m’exprimer, ma valise est dans un taxi.
Je vois ces quartiers populaires, ces petits restaurants et leur grande simplicité et puis, la gare. Sitôt sortie du véhicule, je suis happée vers un vieux bus avant même d’avoir demandé s’il y avait une consigne pour laisser cette valise que je ne souhaite pas emmener. Tant pis. J’aime ces déplacements hors du temps…. La porte du car tient avec de la ficelle. Le décor du tableau de bord est kitsch : fleurs plastifiées et guirlandes diverses. Très vite après être sortis de l’effervescence de la ville, une odeur de cramé, forte, empoisonne nos narines. La route asphaltée doit être bien chaude.
Très bruyant ce véhicule suranné !
Je pense être la seule européenne dans ce véhicule. Non, un couple de touristes, je pense dont je ne perçois pas la langue, anglais ou allemand, mais ils ne me regarderont pas, contrairement aux marocains qui saluent et sourient. La femme qui semble européenne porte un foulard noué à la façon islamique. Je ne comprends pas …peu importe.
Le trajet Marrakech /Ouarzazate est réputé périlleux. Cette route est une des plus dangereuse du Maroc car sinueuse dans la montagne, elle traverse l'Atlas et les paysages sont magnifiques. De nombreux véhicules l’empruntent car c’est le seul passage qui rejoint Ouarzazate et donc, les deux vallées, du Dadès et du Drâa.
Arrêt.
Certains vont tenter de se restaurer dans les gargotes de ce bord de route où la musique tonitruante fait mal aux oreilles. Une boucherie à cet endroit, avec son étal de viande en plein soleil… comme souvent. Je mange un peu en me dégourdissant les jambes. J’ai envie de repartir : ne perdre de temps. D’ailleurs, les passagers qui ont commencé à manger doivent se presser de finir ou laisser le dessert ! Le car redémarre et le chauffeur attend les passagers en klaxonnant. Je suis encore pour cette fois une routarde «nouvelle », et cela me plaît. Toutes ces nouvelles expériences, cette nonchalance que j’ai dans toutes ces situations, ce laisser-aller qui me fait du bien, m’enrichit car je suis loin de mon mode de vie habituel bien réglé et monotone. Mais il serait aussi monotone pour tout individu de prendre ce véhicule tous les jours, comme le font les passagers pour qui c’est une nécessité : aller d’un village à un autre. Pour moi, c’est les vacances.
Eboulis de pierres sur la route, le véhicule se déporte pour les éviter. Il fait chaud, mais ça va. Les virages… C’est l’homéopathie qui doit me sauver car je me sens vraiment bien malgré le tangage. Distribution de sacs pour vomir. Le seul bébé à bord pleure. Sa grand-mère se lève pour le distraire. Les virages. Elle est projetée à droite, à gauche… puis au milieu dans l’allée et finit par être déséquilibrée. Je la retiens avant qu’elle ne chute et mon voisin de droite attrape le nourrisson.
Sur la route…. Lavage du linge dans un oued. Les pièces de tissus multicolore sèchent au soleil sur les rochers et les buissons.
De ce car, je ne vois pas bien le paysage, habituel maintenant car j’ai déjà fait cette route plusieurs fois, dont une en voiture. Je sais qu’il est magnifique. Là, les rideaux de velours pourpre sont fermés. Ils empêchent le soleil de pénétrer, mais cette couleur retient la chaleur, ainsi que la matière épaisse et chaude. De plus, ils sont poussiéreux et cela gène la respiration. La sensation de chaleur est plus forte. Odeur de brûlé, encore. Caoutchouc cramé peut-être. Telouet 20 km. Nous approchons. J’écris ces lignes au fur et à mesure du déroulement de ce parcours. Et même cet exercice périlleux : écrire en roulant, ne me donne pas la nausée. Un exploit !
La violence des virages s’est atténuée un peu. Des femmes montent, leur bébé sur le dos maintenu dans un tissu noir, comme leur tenue. Je me rends compte que je suis la seule femme non voilée, alors je remonte mon foulard. J’essaie de me laisser bercer. Mes cheveux sont du foin, avec la sécheresse de la région où je suis déjà restée une semaine. Et, à 15 km de Ouarzazate, panne sèche. Gazoil ou autre. Déjà 5 heures de trajet et l’attente en plein soleil. J’appelle Mohamed qui vient me chercher avec le 4X4 d’amis……
…..
Et je reprendrai ce même véhicule, ce vieux car de couleur jaune orangé oui, c'est peut-être le seul de cette petite compagnie de transport dont j'ignore le nom ! pour rentrer à Marrakech et prendre l’avion du retour à la fin de mes vacances.
Commentaires
Bonjour "on" m'a envoyée lire ce récit, et je ne le regrette pas :)
Juste un petit point, quand même, pour te rassurer à ton retour vers Marrakech.
La route du Tichka n'est pas - et de loin - une des plus dangereuses du Maroc. Les tronçons les plus mortifères sont situés ailleurs, notamment sur la route Casa - Marrakech, ou dans le nord. Simplement, les accidents sur la route de Tichka impliquant la plupart du temps des touristes, ils sont bien plus médiatisés que les morts réguliers des transports de marchandises ou des doublement abusifs sur une nationale trop étroite.
C'est une route très impressionnante, mais régulièrement entretenue. Si un jour tu vas vers le sud par le Tizi n'test (Taroudant et Agadir), tu verras la différence !
Bonjour,
je n'ai pris toutes les routes du grand pays qu'est le Maroc. Et le Tizin Test ce sera pour plus tard, pas en hiver. Taroudant et Agadir : je les ai vu, avec Agadir comme point de départ et de retour.
Agent du patrimoine, documentaliste en médiathèque à l'époque, j'avais conseillé un très beau livre sur le désert à une famille. Ils sont partis dans le sud marocain et malheureusement ont péri avant même d'avoir vu les étoiles... c'est ce que m'avait dit la maman restée en France. Bien-sûr cela arrive partout au monde. Mais cette route glissante en hiver et jusqu'à mars (ils la ferment parfois pour cause de neige ou gel), est dangereuse car ils ne mettent pas toujours les sels et autres qu'ils n'ont pas forcément. Sur une si grande distance, c'est tout une étude des points les plus dangereux à voir, pour limiter les accidents. A l'époque j'allais tous les 2 mois au Maroc. Maintenant, je conseille de prendre l'avion jusqu'à Ouarzazate pour ceux qui veulent voir le désert. Et à ceux qui préfère voir Marrakech de faire autre chose avec Essaouira, la région de Marrakech...) ou une autre date : avril..... ce que je fais moi-même. La piste de Telouet est impraticable parfois. Personnellement, je l'ai prise vers fin mars une autre année, avec 4 X 4. c'était super vers Aït Ben Haddou. Ville près de Ouarzazate où sont aussi tournés beaucoup de film.
A bientôt
Zaina
Tu sais, les choses changent. Je vis à Ouarzazate, justement, et la route de Tichka est désormais salée très régulièrement, même plusieurs fois par jour en cas de besoin. Les dégâts des pluies cet hiver ont été réparés dans la journée....