Après un passage à la boutique de mes amis, Une famille touareg rencontrée la semaine dernière, Mourad et moi allons déposer mes bagages… et oui, la valise est toujours là, à m’encombrer à la maison. La maison, c’est celle de Brahim, l’oncle de Mourad qui a une boutique ici à Ouarzazate. Je passerai mes nuits à son domicile pendant ces quelques jours. Mourad y reste souvent, préférant la compagnie de son oncle à celle de Mohamed, son frère. La semaine dernière j'avais sans me préoccuper de l'intendance, dormi dans un hôtel dit « de passe ». Il est vrai que le matelas était tordu, déformé et que l'eau de la douche tombait presque sur l'ampoule électrique de la salle d'eau. Mes amis avaient beaucoup rient lorsque je leur ai dit où j'avais passé une de mes nuits.
La maison : cela pourrait être une tente avec à la place des peaux qui servent de toile, des murs et avec l’avantage de comporter une salle de douche/wc. Anecdote : - mais c’est souvent ainsi dans les habitations ordinaires - la douche/wc 2 en 1 qui permet de gagner du temps. Méfiance à ne pas tomber dans la cuvette à la turc lorsque l’on fait son shampooing. Un salon à l’orientale avec les banquettes traditionnelles et les coussins. Tout ça dans un bazar de mecs vivant seuls. Une cuisine et une pièce à part avec un matelas par terre et quelques tapis un peu partout. C’est pas mal ! ! un mélange de tradition avec un semblant de confort à l’occidental. Et le top du modernisme qui est arrivé là : une télévision de grand format, récente, qui diffuse les chaînes arabes et des lecteurs divers... films et musique. Brahim a vécu en France avant de rentrer au Maroc. Il ne porte d’ailleurs pas la gandoura bleue qu’arbore Mourad et son frère quasiment tout le temps. Ces hommes ne portent pas non plus de prénoms touareg, alors qu'il prétendent appartenir à des tribus nomades sahariennes; Je les crois. Mais, ne sont-ils pas des berbères ? Ont-ils un jour vécu dans le Sahara ?
Et bien, je vais devoir cohabiter avec trois hommes, mais cela ne m’interpelle même pas. Je suis revenue ici pour connaître mieux Mourad, l’apprécier peut-être car j'aimerais trouver le moyen de passer la période fraîche en France (six mois) ici dans le sud marocain, travailler avec eux.. Nous allons pouvoir profiter de notre tranquillité pour discuter. Vivre intensément chaque moment car tous sont inespérés. Voir si la confiance peut exister. Ne pas vivre tous les jours le choc des cultures. Quand je pense que j’ai failli partir avec « Terre d’Aventure » ; J’aurais fait un voyage vraiment différent ! Je suis bien loin des voyages pour touristes ! Et je suis si bien, si détendue, loin de tout programme. Il me dit qu’il a parlé de moi à sa mère et que je la rencontrerai lors de mon prochain voyage. Je lui ai dit que je comptais revenir vers novembre. Les femmes et les plus jeunes vivent à Tamegroute et Mohamed et Mourad pourvoient tant bien que mal à leurs besoins… les femmes ne travaillent pas et ont la chance de nos jours, de ne pas avoir autant d’enfants qu’auparavant. Il paraît que le planning familial est arrivé là. Quelle chance de vivre dans une oisiveté relative toute la vie ! leur seul souci est la santé des leurs. Moi, je suis un peu inquiète car je crains la rencontre avec les « femmes ». Elles peuvent être très accaparantes ou distantes ce qui est pire. Je n’ai pas envie de penser si loin et préfère imaginer mon prochain séjour cet été à Essaouira. Nous en parlons et Mourad me dit qu’il peut s’y rendre et qu’il aimerais voir le Festival de musique Gnawa. Pourquoi pas. C’est en juin et c’est une période que j’aime bien. Après une longue sieste agrémentée de discussions sur les prochaines vacances, nous retournons à la boutique où j’ai vraiment envie de rester pour participer un peu leur vie, au même rythme et voir des touristes seuls ou en bande. Observer, de l’autre côté. Je vois très rapidement que la vie est un long fleuve tranquille ici…. Les paroles de Mourad : « nous n’avons pas beaucoup d’argent, mais nous vivons tranquillement ». C’est bien vrai ; En tout cas en apparence. Peu de besoins, à part le minimum pour manger, donc vendre un peu ou partir accompagner quelques vacanciers suffit à cela. Il faut juste qu’il reste un peu pour envoyer à « ces dames »… quelque monnaie. Si l’on est pas exigeant, la vie est belle et simple. Nuage au tableau idyllique, la civilisation occidentale véhiculée par les médias et les touristes est arrivée là et apporte le modernisme avec ses produits en tout genre, du coca cola aux appareils électro-ménagers, portables et connexions internet . Alors, le besoin de bien plus d’argent se ressent. Je vais m’en apercevoir, malheureusement au cours des prochains voyages où je compte m'investir. Là, j’ai envie de profiter de cette simplicité de vie. Et je me suis sentie bien immédiatement. Retour à la maison pour préparer le repas que Mourad et moi confectionneront : un tagine de bœuf avec des légumes. J’ai des difficultés à manier le robinet. Ce n’est pas le grand luxe, mais il faut faire avec. Epluchage des légumes et tout cela est mis dans le plat à mijoter doucement (rappel: le tagine est le nom du plat). Je suis relax avec Mourad et j’ai l’impression de le connaître depuis longtemps... Nous mangeons tranquillement. Une petite vie de couple dès le premier jour avec une décontraction étonnante. Mohamed et Brahim rentrent souvent tard. Ici, les horaires ne sont pas une contrainte. Fatiguée par la route, la panne et une journée très remplie ! je m’endors… Sans me soucier de l’endroit où dormiront Brahim et Mohamed… sur les banquettes du salon sans doute. S’ils rentrent. Ici, pas de draps mais des couvertures un peu piquantes. De plus en mars, les nuits sont encore bien fraîches, alors la tenue est la suivante: un pyjama, une chemise de nuit et un pull, superposés…sexy!!! Mourad n’est pas mieux. Et en plein hiver, c’est pire car à Ouarzazate entre montagne et désert, il y a un climat sec et chaud le jour, mais froid la nuit… Néanmoins, ce climat est excellent pour la santé car très sain.
Commentaires
Ah les "hommes bleus" du Maroc :)
Vaste sujet ...
En fait, il n'y a pas, il n'y a jamais eu d'hommes bleus au Maroc. Même les anciennes tribus Sahandja, fondatrices de dynasties, étaient des berbères du désert, nomades, mais pas touaregs.
Le "bleu" des touaregs est d'ailleurs un indigo presque noir qui n'a rien à voir avec le bleu des djellabas et jabadors portés par beaucoup de marocains au sud.
Les tribus nomades sahariennes sont soit berbères, mais presque pas sahariennes (Aït Khebach, Aït Moghad, etc...) soit bédouines (Hassani, du côté de M'hamid) et donc arabes, et donc absolument pas berbères, ni touaregs. A Tamegroute, les habitants sont majoritairement des arabes - donc d'origine bédouine.
Le "mythe" des hommes bleus du Maroc est né avec le tourisme, sans doute parce que cela fait rêver. Et maintenant, beaucoup de marocains eux mêmes y croient, peut être parce qu'ils ne connaissent pas le désert, peut être parce qu'ils ne savent pas ce que sont vraiment les "hommes bleus", dont le bleu était sur la peau, parce que l'indigo noir des cheches déteignait en bleu sur le visage...
Oui l'indigo*.... on le voit sur la peau du cou de ces pseudo touareg qui porte le chèche noir/bleuté. Ils pensent être touareg. Mais globalement, ils racontent un peu ce qui leur passent par la tête et ne connaissent pas le nom des tribus. Mais certains m'ont emmenés dans le désert (région Foum Zguid) pour voir des lieux abandonnés où ils étaient quasi sédentaires avant d'habiter en ville (zagora) et se plaindre d'avoir perdu leur identité, pour l'école, le travail, le tourisme...
Il ne reste parfois que quelques murs écroulés dans ces lieux qui ont tirés les larmes à ces hommes qui avaient passé leur petite enfance, là dans le désert de pierres.
* j'ai une photo où je porte un costume de cérémonie berbère de couleur indigo noir