Aller au contenu | Aller au menu

Lundi : visite deTiffoultoute, Taourirt, les studios de cinéma, rêve de dromadaires, retour

Dimanche ...

Aujourd'hui, je vais enfin aller visiter les magnifiques kasbah de la région toute proche de Ouarzazate. Taourit, Tiffoultoute; les studios de cinéma où ont été tourné de nombreux films nécessitant les splendides paysages du sud marocain.

m-Ouarzazate-Taourirt2.JPGJe loue une voiture et seule, comme j'aime lorsque j'ai un appareil photo, je pars à l'aventure... Tiffoultoute et ses cigognes, casbah bien endommagée et nécessitant une bonne rénovation. Taourirt, ce Ksar (village de casbah et probablement l'équivalent de château fort à des époques passées). Le rouge de la terre, la beauté des motifs incrustés dans les façades et cette fragilité des édifices que l'on ressent si par malheur des pluies étaient trop violentes. Mais c'est rare dans la région.

Quel plaisir de photographier tous ces « monuments » de la culture et de le vie berbère ! Je visite une fabrique de tapis. L'amabilité est réelle même si l'on n'achète pas. Discussion agréables et instructives.

Je ne me lasse pas de ces discussions sur la fabrication des tapis. Là, dans ce quartier de Taourirt, les ruelles paraissent médiévales : dépaysement total. Et même si les odeurs parfois nauséabondes à cause de l'absence d'écoulement des eaux et excréments, c'est la réalité d'un pays qu'il faut transmettre avec ces beautés et ces aspects moins agréables, mais qui font partie de la vie authentique encore aujourd'hui dans certaines petites villes et villages.

m-Ouarzazate-Taourirt3.JPGVers la route qui mène aux studios de cinéma, je vois qu'il y a des oasis, mais je n'aurais peut-être pas le temps de me m'y rendre. J'ai passé beaucoup de temps à Taourirt.

m-Ouarzazate-Studio_cinema.JPG Les studios : la porte ornée de deux statues égyptiennes (film « Astérix et Cléopâtre» semble « décalée » : époque et culture. Mais cela est factice. Là, nous ne sommes plus au Maroc. La tête de lion ayant été utilisée dans le film « Kundun » (Tibet) car les paysages marocains peuvent faire penser au Tibet et ont été choisis pour ce film. Tant d'autres ont été tournés là, et dans la Vallée du Draâ : « Un thé au Sahara »..... Fatiguée, je rentre, car demain matin, c'est le retour à Marrakech par cette route si dangereuse qui traverse l'Atlas et je dois faire des achats : gâteaux surtout : ce que je préfère rapporter avec mes nombreuses photos. Ah oui, j'ai quand même « craqué » pour trois djellabah dont une pour ma mère, un sac en cuir patchwork et un très cher collier de perles multicolores !

Prochaines destinations après mon voyage à Essaouira : Les deux splendides Vallées de Drâa et du Dadès, la Vallée des roses, le Sahara, Zagora et continuer ma recherche d'un logement de style marocain dans ce sud que j'aime et peut-être de dromadaires pour aider une famille dans le besoin. Et maintenant, je dois penser à l'avion qui me ramènera vers le France en début d'après-midi, après la périlleuse et froide traversée de l'Atlas.. il neigeait un peu et je n'avais pas de vêtements assez chauds. Nous sommes encore au mois de mars.

Suite...

Mercredi : Derniers moments à Marrakech avant le voyage périlleux

m-Marrakech-place-jema-el-fna3.JPG Il est 23H39, le muezzin appelle à la prière. Je suis dans ce petit hôtel près de la Place Jemaa el Fna, l’hôtel Tazi. Il est simple et pas cher. J’ai fini le tri de mes bagages. Je vais retourner à Ouarzazate.

L’agitation de Marrakech m’oppresse m-Marrakech-souk-tissus.JPG et mes amis là-bas, m’attendent. Je me suis rendu compte que plus de la moitié de mes bagages étaient inutiles et donc après avoir fait l’inventaire de tout ça, j’ai décidé que demain, je laisserai la valise à la consigne de la gare routière (j’espère qu’il y en a une). Le « surplus de tout ce fatras que l’on transporte toujours de peur de manquer d’un vêtement qui subitement deviendrait nécessaire sera relégué le temps de ce périple. Je ne prendrai donc, qu’un petit sac à dos.

m-Marrakech-sud1.JPGIl faut que je dorme bien, avant de faire encore ces kilomètres qui traversent la campagne au sud de Marrakech, l’Atlas, le Tizin Tichka. J’ai déjà fait presque 2000 km depuis plus de 10 jours que je circule au Maroc.

Jeudi : un voyage périlleux

Je vais partir. Je récupère mes photos sur la place Jemaa el Fna, je fais réparer mes chaussures en me relaxant assise près du cordonnier, d’où j’observe déjà dès le matin, les touristes en balade qui me regardent étrangement. Puis je prends des espèces et, après m’être fait avalé ma CB, je vais m’acheter quelques victuailles simples, deux bananes et deux paquets de gâteaux secs pour la route. 300 et quelques kilomètres à parcourir de nouveau. Ce trajet dure plus de 5 heures. Je règle ma note d’hôtel (une nuit)… et oui, je ne serais pas restée longtemps cette fois, mais en début de séjour, j’avais déjà passé quatre jours très agréables dans cette ville.. Marrakech, le retour toujours ici et cette ambiance dans laquelle j’aime me replonger. Mais y rester : non. Direction la gare routière. Avant même d’avoir eu le temps de m’exprimer, ma valise est dans un taxi. Quartier populaireJe vois ces quartiers populaires, ces petits restaurants et leur grande simplicité et puis, la gare. Sitôt sortie du véhicule, je suis happée vers un vieux bus avant même d’avoir demandé s’il y avait une consigne pour laisser cette valise que je ne souhaite pas emmener. Tant pis. J’aime ces déplacements hors du temps…. La porte du car tient avec de la ficelle. Le décor du tableau de bord est kitsch : fleurs plastifiées et guirlandes diverses. Très vite après être sortis de l’effervescence de la ville, une odeur de cramé, forte, empoisonne nos narines. La route asphaltée doit être bien chaude. Très bruyant ce véhicule suranné ! Je pense être la seule européenne dans ce véhicule. Non, un couple de touristes, je pense dont je ne perçois pas la langue, anglais ou allemand, mais ils ne me regarderont pas, contrairement aux marocains qui saluent et sourient. La femme qui semble européenne porte un foulard noué à la façon islamique. Je ne comprends pas …peu importe.

m-Atlas.JPG m-Atlas-Tizin_Tichka.JPG m-Atlas-Tizin_Tichka2.JPG Le trajet Marrakech /Ouarzazate est réputé périlleux. Cette route est une des plus dangereuse du Maroc car sinueuse dans la montagne, elle traverse l'Atlas et les paysages sont magnifiques. De nombreux véhicules l’empruntent car c’est le seul passage qui rejoint Ouarzazate et donc, les deux vallées, du Dadès et du Drâa. Arrêt. Certains vont tenter de se restaurer dans les gargotes de ce bord de route où la musique tonitruante fait mal aux oreilles. Une boucherie à cet endroit, avec son étal de viande en plein soleil… comme souvent. Je mange un peu en me dégourdissant les jambes. J’ai envie de repartir : ne perdre de temps. D’ailleurs, les passagers qui ont commencé à manger doivent se presser de finir ou laisser le dessert ! Le car redémarre et le chauffeur attend les passagers en klaxonnant. Je suis encore pour cette fois une routarde «nouvelle », et cela me plaît. Toutes ces nouvelles expériences, cette nonchalance que j’ai dans toutes ces situations, ce laisser-aller qui me fait du bien, m’enrichit car je suis loin de mon mode de vie habituel bien réglé et monotone. Mais il serait aussi monotone pour tout individu de prendre ce véhicule tous les jours, comme le font les passagers pour qui c’est une nécessité : aller d’un village à un autre. Pour moi, c’est les vacances.

Eboulis de pierres sur la route, le véhicule se déporte pour les éviter. Il fait chaud, mais ça va. Les virages… C’est l’homéopathie qui doit me sauver car je me sens vraiment bien malgré le tangage. Distribution de sacs pour vomir. Le seul bébé à bord pleure. Sa grand-mère se lève pour le distraire. Les virages. Elle est projetée à droite, à gauche… puis au milieu dans l’allée et finit par être déséquilibrée. Je la retiens avant qu’elle ne chute et mon voisin de droite attrape le nourrisson.

m-lavage_du_linge_dans_le_dr_a.JPGSur la route…. Lavage du linge dans un oued. Les pièces de tissus multicolore sèchent au soleil sur les rochers et les buissons. De ce car, je ne vois pas bien le paysage, habituel maintenant car j’ai déjà fait cette route plusieurs fois, dont une en voiture. Je sais qu’il est magnifique. Là, les rideaux de velours pourpre sont fermés. Ils empêchent le soleil de pénétrer, mais cette couleur retient la chaleur, ainsi que la matière épaisse et chaude. De plus, ils sont poussiéreux et cela gène la respiration. La sensation de chaleur est plus forte. Odeur de brûlé, encore. Caoutchouc cramé peut-être. Telouet 20 km. Nous approchons. J’écris ces lignes au fur et à mesure du déroulement de ce parcours. Et même cet exercice périlleux : écrire en roulant, ne me donne pas la nausée. Un exploit !

La violence des virages s’est atténuée un peu. Des femmes montent, leur bébé sur le dos maintenu dans un tissu noir, comme leur tenue. Je me rends compte que je suis la seule femme non voilée, alors je remonte mon foulard. J’essaie de me laisser bercer. Mes cheveux sont du foin, avec la sécheresse de la région où je suis déjà restée une semaine. Et, à 15 km de Ouarzazate, panne sèche. Gazoil ou autre. Déjà 5 heures de trajet et l’attente en plein soleil. J’appelle Mohamed qui vient me chercher avec le 4X4 d’amis……

…..

Et je reprendrai ce même véhicule, ce vieux car de couleur jaune orangé oui, c'est peut-être le seul de cette petite compagnie de transport dont j'ignore le nom ! pour rentrer à Marrakech et prendre l’avion du retour à la fin de mes vacances.

Suite ...

Jeudi fin d’après midi : Arrrivée, la maison, première nuit

sylvie__heureuse.jpgAprès un passage à la boutique de mes amis, Une famille touareg rencontrée la semaine dernière, Mourad et moi allons déposer mes bagages… et oui, la valise est toujours là, à m’encombrer à la maison. La maison, c’est celle de Brahim, l’oncle de Mourad qui a une boutique ici à Ouarzazate. Je passerai mes nuits à son domicile pendant ces quelques jours. Mourad y reste souvent, préférant la compagnie de son oncle à celle de Mohamed, son frère. La semaine dernière j'avais sans me préoccuper de l'intendance, dormi dans un hôtel dit « de passe ». Il est vrai que le matelas était tordu, déformé et que l'eau de la douche tombait presque sur l'ampoule électrique de la salle d'eau. Mes amis avaient beaucoup rient lorsque je leur ai dit où j'avais passé une de mes nuits. La maison : cela pourrait être une tente avec à la place des peaux qui servent de toile, des murs et avec l’avantage de comporter une salle de douche/wc. Anecdote : - mais c’est souvent ainsi dans les habitations ordinaires - la douche/wc 2 en 1 qui permet de gagner du temps. Méfiance à ne pas tomber dans la cuvette à la turc lorsque l’on fait son shampooing. Un salon à l’orientale avec les banquettes traditionnelles et les coussins. Tout ça dans un bazar de mecs vivant seuls. Une cuisine et une pièce à part avec un matelas par terre et quelques tapis un peu partout. C’est pas mal ! ! un mélange de tradition avec un semblant de confort à l’occidental. Et le top du modernisme qui est arrivé là : une télévision de grand format, récente, qui diffuse les chaînes arabes et des lecteurs divers... films et musique. Brahim a vécu en France avant de rentrer au Maroc. Il ne porte d’ailleurs pas la gandoura bleue qu’arbore Mourad et son frère quasiment tout le temps. Ces hommes ne portent pas non plus de prénoms touareg, alors qu'il prétendent appartenir à des tribus nomades sahariennes; Je les crois. Mais, ne sont-ils pas des berbères ? Ont-ils un jour vécu dans le Sahara ?

Et bien, je vais devoir cohabiter avec trois hommes, mais cela ne m’interpelle même pas. Je suis revenue ici pour connaître mieux Mourad, l’apprécier peut-être car j'aimerais trouver le moyen de passer la période fraîche en France (six mois) ici dans le sud marocain, travailler avec eux.. Nous allons pouvoir profiter de notre tranquillité pour discuter. Vivre intensément chaque moment car tous sont inespérés. Voir si la confiance peut exister. Ne pas vivre tous les jours le choc des cultures. Quand je pense que j’ai failli partir avec « Terre d’Aventure » ; J’aurais fait un voyage vraiment différent ! Je suis bien loin des voyages pour touristes ! Et je suis si bien, si détendue, loin de tout programme. Il me dit qu’il a parlé de moi à sa mère et que je la rencontrerai lors de mon prochain voyage. Je lui ai dit que je comptais revenir vers novembre. Les femmes et les plus jeunes vivent à Tamegroute et Mohamed et Mourad pourvoient tant bien que mal à leurs besoins… les femmes ne travaillent pas et ont la chance de nos jours, de ne pas avoir autant d’enfants qu’auparavant. Il paraît que le planning familial est arrivé là. Quelle chance de vivre dans une oisiveté relative toute la vie ! leur seul souci est la santé des leurs. Moi, je suis un peu inquiète car je crains la rencontre avec les « femmes ». Elles peuvent être très accaparantes ou distantes ce qui est pire. Je n’ai pas envie de penser si loin et préfère imaginer mon prochain séjour cet été à Essaouira. Nous en parlons et Mourad me dit qu’il peut s’y rendre et qu’il aimerais voir le Festival de musique Gnawa. Pourquoi pas. C’est en juin et c’est une période que j’aime bien. Après une longue sieste agrémentée de discussions sur les prochaines vacances, nous retournons à la boutique où j’ai vraiment envie de rester pour participer un peu leur vie, au même rythme et voir des touristes seuls ou en bande. Observer, de l’autre côté. Je vois très rapidement que la vie est un long fleuve tranquille ici…. Les paroles de Mourad : « nous n’avons pas beaucoup d’argent, mais nous vivons tranquillement ». C’est bien vrai ; En tout cas en apparence. Peu de besoins, à part le minimum pour manger, donc vendre un peu ou partir accompagner quelques vacanciers suffit à cela. Il faut juste qu’il reste un peu pour envoyer à « ces dames »… quelque monnaie. Si l’on est pas exigeant, la vie est belle et simple. Nuage au tableau idyllique, la civilisation occidentale véhiculée par les médias et les touristes est arrivée là et apporte le modernisme avec ses produits en tout genre, du coca cola aux appareils électro-ménagers, portables et connexions internet . Alors, le besoin de bien plus d’argent se ressent. Je vais m’en apercevoir, malheureusement au cours des prochains voyages où je compte m'investir. Là, j’ai envie de profiter de cette simplicité de vie. Et je me suis sentie bien immédiatement. Retour à la maison pour préparer le repas que Mourad et moi confectionneront : un tagine de bœuf avec des légumes. J’ai des difficultés à manier le robinet. Ce n’est pas le grand luxe, mais il faut faire avec. Epluchage des légumes et tout cela est mis dans le plat à mijoter doucement (rappel: le tagine est le nom du plat). Je suis relax avec Mourad et j’ai l’impression de le connaître depuis longtemps... Nous mangeons tranquillement. Une petite vie de couple dès le premier jour avec une décontraction étonnante. Mohamed et Brahim rentrent souvent tard. Ici, les horaires ne sont pas une contrainte. Fatiguée par la route, la panne et une journée très remplie ! je m’endors… Sans me soucier de l’endroit où dormiront Brahim et Mohamed… sur les banquettes du salon sans doute. S’ils rentrent. Ici, pas de draps mais des couvertures un peu piquantes. De plus en mars, les nuits sont encore bien fraîches, alors la tenue est la suivante: un pyjama, une chemise de nuit et un pull, superposés…sexy!!! Mourad n’est pas mieux. Et en plein hiver, c’est pire car à Ouarzazate entre montagne et désert, il y a un climat sec et chaud le jour, mais froid la nuit… Néanmoins, ce climat est excellent pour la santé car très sain.

Samedi : vivre avec les habitants, mes amis

Réveillée de bonne heure, je profite de ma tranquillité pour me préparer avant le réveil des hommes. Dans le salon, Mohamed et…peut-être Brahim dorment. En fait, je vois trois « sacs à viande » sur les banquettes. Mourad dort encore lui aussi. J’arpente les lieux sur la pointe des pieds. Je sais que si je les réveille, ils vont se trouver gênés. Il y a une extrême pudeur et lorsque je suis à la maison, ils partent pour me laisser en toute quiétude. Prête pour « partir », habillée et déjà coiffée de mon chèche, je réveille Mourad car cette fois il est plus de neuf heures. Grignoter un morceau « pour la route » avant de déjeuner à la boutique. Je l’apprécie bien cette boutique et j’aimerais participer plus aux ventes. J’assiste déjà à ces «représentations », tout en exhibant sans le vouloir les bijoux que je porte. Ces déballages de tapis et autres marchandises sont une véritable mise en scène …

Nous partons à pied car cette fois, je n’ai envie de prendre le taxi. Je préfère traverser ces quartiers très populaires et poussiéreux à pied. Pourtant le vent se lève déjà très fortement et sur le chemin nous fermons hermétiquement les chèches ne laissant que les yeux apparaître. Et ça monte, ça descend…chemins cahoteux, routes au goudron rare. Vingt minutes dans le vent à bonne vitesse avant d’arriver dans la rue commerçante. Mourad me dit : « J’aime les gazelles qui marchent vite »... Ce à quoi je réponds : «Il n’y a qu’ici que je marche vite ! »

Il est bien dur pourtant ce climat, et ferait vieillir très vite ma peau. Fera peut-être, car oui, j’apprécie cette petite ville très simple qui va figurer dans la liste des lieux que j’aime dans ce pays et où je pourrais me « poser » un jour... Cette nuit, je m’étais réveillée pour m’enduire le corps de lait. La peau fait mal, elle tire et souffre, mais l'eau d'une douche, d'un hammam ou l’application du lait local de rose ou d’argan, remédie à ce souci.

Nous arrivons à la boutique où Mohamed a préparé un thé. m-Marrakech-sud-village-berbere.jpg Il reste à aller acheter des crêpes qui sont consommées à toutes heures… elles sont neutres, salées ou pimentées, en tout cas toujours savoureuses.

Dans cette échoppe banale pourtant, il y a des très belles pièces anciennes : théières, morceaux de portes en vieux bois clouté, bijoux, masques, tapis etc… Depuis ma première entrée dans cet endroit, j’ai repéré un masque en ébène au décor multicolore de perles…il est dans ma tête et n’en sors pas… masque africain ? touareg ? D’après Mourad c’est un masque touareg, une pièce de bonne valeur. Je pense que c'est peut-être un masque africain, mais je ne suis pas spécialiste.

Je suis habillée comme les femmes de la Vallée du Drâa. Cela signifie que je porte comme jupe le grand foulard noir traditionnel orné de petits motifs aux couleurs vives. Il est noué autour de ma taille et le chèche noir me donne une sensation de douceur avec tout ce vent et le soleil dont je veux profiter, il est parfaitement adapté. Les rayons du soleil hâlent mon visage et mes bras. Je demande à Mourad s’il est gênant par rapport aux passants, que je dévoile mon décolleté. Il me répond que non. Le vent est maintenant léger. Mourad et moi sommes assis dehors, ma main dans la sienne. Que faire ? Il est séduisant. Beaucoup. Il m’a raconté qu’un couple de français était venu à la boutique et que la femme devant son mari lui avait dit : « vous êtes beau… ». Sa réponse : « Madame, vous parlez comme ça devant votre mari ? Et la femme : « nous sommes libres en Europe »… Le soir, elle serait revenue seule et lui aurait demandé de coucher avec lui. La réponse de Mourad : « Madame, vous êtes une femme mariée, je ne me coucherais pas avec vous »… Pourquoi me raconte-il cela ? Je vois bien que qu’ils sont des « proies » et que tôt ou tard, ils vont en profiter. Je lui explique mon point de vue. « Si tu fais cela, tu te comportes comme un prostitué. » « Ne le fais jamais » ou alors tu sais ce que tu seras…est-ce que c’est cela que tu souhaites pour ton avenir ? »

La discussion est close. Cet après-midi, il y aura beaucoup de visites. Les touristes français… Mes compatriotes, ou futurs ex-compatriotes, bermudas ou shorts et casquettes déambulent à la recherche d’un souvenir à zéro dirham. Là, ils remercieraient le Maroc entier. Ils sont radins, indécemment vêtus. Mourad me dit : « C’est normal, ce sont les touristes. C’est grâce à eux que l’on mange ». Certains sont souriants, curieux de voir toutes ces merveilles, mais méfiants malgré que je leur parle en français : « Ne vous inquiétez pas, nous n’allons pas vous faire acheter toute la boutique ! ». Ils demandent surtout des informations sur les parcours et la manière la plus facile pour les faire lorsqu’ils n’ont pas une organisation prévue. Un homme demande à Mourad un chargeur pour son portable. Oui, les touristes rechargent aussi leur téléphone dans les boutiques. « Sylvie, tu as ton chargeur de portable ? » ; Moi, machinalement : « Non, il est resté à la maison »… Les femmes me regardent, comprenant mal ou trop bien : ma tenue, ma réponse... Bref, les visages se ferment et les hommes ont un petit sourire en coin. J’imagine les pensées : Cette française est-elle l’épouse de l’homme bleu ? n’est-elle qu’une « petite amie ? ». « Dans ces tribus, cela existe t-il sans le mariage ?…J’imagine le venin qu’elles n’osent cracher. Et puis, il y a de l’envie, alimentée par le fantasme : je vis ce qu’elles ne vivront jamais. Je m’amuse vraiment : un inouï plaisir à remuer les esprits et provoquer. Je représente ce que ces hommes craignent, car leur inconscient les emmène vers ces idées toutes faites sur les femmes acculturées. Ils pourraient plus être à la hauteur. Pourquoi suis-je là ? De l’autre côté avec les indigènes. Leur sourire est un sourire entendu. Le mien est de même. Ils ne m’auront pas parlé. Je suis déjà une étrangère…

Ils m’appellent Lalla…. Lalla, c’est Madame, celle que l’on respecte, que l’on apprécie. Un petit nom tendre aussi, un prénom. J’aime... Mourad, Mohamed, Brahim… d’une voix douce toujours. Tant de bonheur. Je n’ai jamais connu cela de ma vie, si vite. N'est-pas pas faux ? Intéressé ? Oui, le vais le comprendre bien vite.

Ils ne connaissent encore rien de moi sauf que je travaille dans une bibliothèque et que je pourrais quitter cette vie fatigante. Plus tard, je leur parlerai de la solitude imposée en occident, des liens ténus qui disparaissent car le temps manque et la lassitude s’installe. Ils savent. Oui, des femmes occidentales se sont installées ici….

Ce soir, après cette journée pas de tout repos, je propose à Mourad d’aller manger dans un petit restaurant. Un agréable et authentique moment dans un établissement genre restauration rapide locale avec des gens simples et les mendiants toujours, que l’on nourrit aussi et qui peuvent s’asseoir là. La télévision hurle. Je donne la moitié de mon poulet à mon voisin. Les portions sont énormes lorsque l’on paie. Tout le monde mange un peu dans ce pays. Le partage est une obligation coranique qui devient un mode de vie. Heureusement. Nous sommes de retour à la « Kasbah ». Brahim et Mohamed sont avec des amis. A notre arrivée Brahim me dit : « Excuse-nous Lalla… puis ils se lèvent pour quitter les lieux. Moi : « Brahim, tu es chez toi ».

Ce soir, l’eau chaude ne fera pas partie du programme. L’eau de la douche sera froide car il n’y a plus de gaz. Mourad et moi parlons tranquillement. Il me demande de tout lui apprendre de l’amour….Il veut passer une étape. Que croire ? Ses yeux étonnés et désireux me laissent à penser qu’en tout cas, il n’a jamais vécu avec une femme malgré des trente ans, dans une des maisons familiales. Mais des aventures, oui sans doute avec des étrangères, à priori, le seul moyen dans un pays à la culture traditionnelle de connaître la vie de couple sans se marier,même quelques jours. Cela est bien dur à vivre pour eux…. Cela me laisse une sensation de malaise. Tout comme les étrangères en voyage, eux-même sont des proies pour celles à la recherche d'exotisme... Comme ils n'ont pas les moyens de se marier (la dote exigée), ils procèdent ainsi depuis l'avènement du tourisme. Chacun y trouve t-il son compte : je ne le crois pas, sauf dans l'éphémère. L'analyse est un peu triste.

Suite ...

- page 1 de 2